Sept heures, des doigts passent derrière mon oreille, j'ouvre les yeux, j'ai froid...
" - La bordée... sourit-elle
- Bah... j'arrive... "
La maîtresse de maison repart, sur la pointe des pieds, au milieu des ronflements du dortoir, je la vois s'éloigner, je dois y aller...
Je me redresse, j'ai encore dormi tout habillé. Peu importe, je suis sec, ici, c'est un luxe.
J'ai du mal à faire mes lacets, mes doigts sont pleins d'écorchures, et ça brûle. Mais ce n'est pas grave, je sais que je me les suis faites en naviguant, alors je souris, et me lève. Je vérifie en m'éloignant du lit que mes chips, friandises et chocolats sont bien camouflées. Je partage volontiers, mais pas avec tout le monde.
Tout va bien, tout le monde dort, eux ne se lèveront qu'une heure plus tard, c'est mon tour de bordée, c'est normal...
Ma vessie hurle, alors je vais sur la colline donnant sur la plage et l'horizon d'où nous sommes arrivés, il y a une semaine. Une semaine déjà...
Je ne vois pas la côte du continent, seulement les reflets du Soleil à la surface de l'eau, et les nuages de sable qui se promènent. Je n'entends pas de voitures, de bateau, d'avions, d'enfants, d'animaux ; je n'entends que les vagues déferlant sur la plage, le vent qui fait siffler les herbes, les pales de l'éolienne qui me tient compagnie...
Allez il est temps !
Je me dirige vers les cuisines, les mains dans les poches, l'esprit dans le vent.
J'y retrouve les autres membres de la bordée du jour, ils ont déjà commencé...
La même maîtresse de maison qu'au réveil me voit, me sourit, et me demande d'aller mettre le couvert.
"Poc, tac", un à un, je pose les couverts, les assiettes, les verres, les jus de fruit, le thé, le café, ... J'ai une centaine de couverts pour me réveiller, et émerger un peu de mes derniers rêves...
Huit heures, le reste de la bordée va réveiller les troupes, le petit déjeuner est prêt, il est temps de se lever et de venir manger, la journée va être longue...
Vous devriez nous voir à ce moment précis, le petit déjeuner, cent personnes ayant tous une tête de mort-vivant, prenant leur repas, mécaniquement.
Certains vomissent parfois, le lait et le jus d'orange acide, avec le froid, ça n'est pas une merveilleuse idée...
Une demie heure passe, la bordée suivante prend la relève : Aujourd'hui, je navigue !
Appel aux troupes ! Les moniteurs appellent leurs groupes de stagiaires respectifs.
" - En combi' les Disco !!! "
C'est parti ! L'heure fatidique : l'enfilage de combinaison !
Elle a beau avoir été étendue au milieu des autres, elle n'est que rarement complètement sèche, et doit bien donner dans les 5°C ! ^.^
Une fois la combinaison laborieusement enfilée, je cours à la plage, choisir mon bateau, il y en a un avec lequel je me sens le mieux, celui avec la plus belle voile, et la dérive qui n'accroche pas...
Tout le monde arrive au fur et à mesure, et commence à gréer son navire. N½uds après n½uds, vérifiés deux-trois fois, l'embarcation se bâtit...
Tout le monde est prêt, un petit briefing des moniteurs, et nous sommes parés !
" - Daniel, tu pars en premier !
- Ca marche ! "
Les bateaux, jusqu'alors couchés pour ne pas user les voiles avec le vent, s'alignent les uns après les autres face à lui, faisant alors chanter leurs voiles toutes ensemble...
À l'avant de mon bateau, tout au bord de l'eau, je le saisi, le tire sur un mètre de sable et arrive dans l'eau glaciale, mais turquoise. Aujourd'hui, il fait beau...
Toujours face au vent, j'engage ma dérive de quelques centimètres, je prépare ma barre, je dois faire vite. Je me hisse dans le bateau, il se déstabilise mais je contrôle tout, je saisis mon stick, mon écoute, borde légèrement ma voile, avance de quelques mètres, et enfonce finalement ma dérive.
Je borde tout à fond, le vent est de face, je dois faire du près, le vent est fort, je dois faire du rappel, peu à peu, je me sens vivre, pleinement, le clapotis sous la coque se fait régulier, le bateau se soulève sous le poids du vent sur la voile, malgré mon quasi-double mètre sorti en dehors du bateau, retenu par mes pieds coincés dans les sangles. Le bateau vit, et moi aussi !
Je tourne la tête, vois les autres se mettre en place, je souris, et prend une photo...
" - Ca va être une merveilleuse journée !"
Photo prise pendant un départ de plage lors de mon dernier stage de voile aux Glénans, l'été 2003, avec un appareil jetable étanche.
J'aime beaucoup cette photo, le placement des bateaux, et la plage qui est comme compressée entre deux bleus : Le ciel et la mer, vraiment j'aime beaucoup ! ^^